Trois avocats, zéro défense
Trois mandats successifs. Trois ruptures. Et un même dénominateur commun de l'autre côté de la salle : Me David Chun, du cabinet Spunt & Carin.
Un père autiste se voit bloquer l'accès à ses enfants depuis quatre ans. Un avocat adverse qui démissionne du Barreau en pleine enquête du syndic et devient introuvable. Deux versions contradictoires sous serment sur sa localisation. Une dénonciation de fraude criminelle grave portée par Me Anne-France Goldwater. Un Bureau du syndic qui ferme quand même le dossier. Et un père déclaré quérulent — condamné à 25 000 $, des travaux communautaires et menacé d'emprisonnement — pour avoir osé se battre pour ses enfants.
Cette série documente, pièces à l'appui, sept angles distincts d'un même dossier. Chaque article peut être lu seul — mais ensemble, ils forment un portrait institutionnel que les tribunaux n'ont jamais examiné sur le fond.
Trois mandats successifs. Trois ruptures. Et un même avocat adverse, au cœur de chacune.
Julien (prénom modifié pour protéger l'identité de ses enfants) n'avait jamais intenté de poursuite de sa vie avant ce dossier. En quatre ans de procédures familiales, trois avocats se sont succédé pour le représenter : Me Audrey Éthier, Me Michel Lachance et Me Bianca Vigneault. Aucun n'est resté jusqu'au bout. Chacun, à sa manière, a cessé d'occuper le dossier dans des circonstances que Julien juge aujourd'hui indéfendables.
Ce qui relie les trois ruptures ne se trouve pas chez les trois avocats successifs. Il se trouve de l'autre côté de la salle d'audience — chez Me David Chun, avocat au cabinet Spunt & Carin, qui représentait l'ex-conjointe de Julien. Me Chun démissionnera du Barreau du Québec le 5 février 2025, alors qu'une enquête du syndic le visait. Sa démission fait l'objet d'un article distinct dans cette série. Le présent article porte sur les trois avocats qui étaient censés défendre Julien — et sur les raisons pour lesquelles, quatre ans plus tard, il se bat seul.
Un contrat signé, des concessions demandées — et une rupture rapide
Julien confie un premier mandat à Me Audrey Éthier dès le début de la séparation. Le dossier n'est pas anodin : il comporte un volet civil incluant un patrimoine de plus d'un million de dollars — immeubles, machinerie lourde, véhicules — et un volet familial centré sur la garde partagée des jumeaux. Un contrat, rédigé par l'avocat de l'ex-conjointe de l'époque, Me David Chun du cabinet Spunt & Carin, avait déjà fixé les grandes lignes du partage.
Selon le témoignage de Julien, consigné dans la plainte formelle transmise au Bureau du syndic du Barreau du Québec le 10 décembre 2024, les premières semaines du mandat se déroulent normalement. Puis, rapidement, Me Éthier lui demanderait de faire des concessions successives par rapport au contrat pourtant déjà signé : laisser l'ensemble des véhicules à moteur à l'ex-conjointe — incluant machinerie lourde et VTT —, renoncer à certaines sommes d'argent clairement attribuées au contrat, puis payer 15 000 $ pour faire homologuer l'entente.
Dans sa plainte au syndic, Julien écrit que lorsqu'il a voulu faire geler les fonds chez un notaire avant la dilapidation des actifs, l'avocate aurait refusé en invoquant l'illégalité de la démarche. Quand il aurait demandé l'envoi de mises en demeure aux acheteurs du domaine et de la machinerie — démarche qui lui aurait pourtant été recommandée par le notaire en charge —, Me Éthier aurait également refusé, en lui suggérant de trouver un autre avocat « parce qu'il se mêlait trop du dossier ».
Ces éléments constituent des allégations formulées par le demandeur dans sa plainte au Bureau du syndic. Ils n'ont pas fait l'objet de conclusions disciplinaires publiques au moment de la publication de cet article. Me Audrey Éthier bénéficie de la présomption d'innocence.
La dernière semaine du mandat, selon Julien, Me Éthier lui aurait demandé à deux reprises d'abdiquer et de laisser presque l'entièreté des biens, de l'argent et de la garde des enfants à son ex-conjointe malgré le contrat en bonne et due forme. Devant son refus, les communications se seraient dégradées jusqu'à la rupture. Le mandat prend fin après quelques mois seulement. Julien doit trouver un autre avocat.
Un départ en force — puis un retournement complet
Me Michel Lachance, avocat de Repentigny comptant alors près de quatre décennies de pratique, reprend le dossier. Les premiers jours sont, selon Julien, spectaculaires : en l'espace d'un week-end, Me Lachance aurait récupéré une grande partie des concessions accordées sous le premier mandat. Trois mises en demeure, une communication au notaire, et les fonds sont gelés en fidéicommis. Dans les communications initiales documentées dans la plainte, Me Lachance aurait dit à Julien que le dossier était « gagné d'avance » compte tenu du contrat déjà signé avec la partie adverse.
Mais le rapport entre Julien et son avocat change, selon la plainte, au bout de quelques semaines. Les communications deviennent difficiles. Puis vient l'épisode que Julien considère comme le point de bascule.
Un document signé dans le corridor — sous la menace
Selon la plainte au syndic, Julien se trouve au palais de justice de Joliette le jour d'une audience. Me Lachance lui aurait indiqué qu'il n'avait pas le droit d'entrer dans la salle — une position que Julien conteste, textos à l'appui, dit-il dans sa plainte. Dans le corridor, son avocat lui aurait présenté un document à signer. Ce document aurait pour effet d'abolir une journée de garde que Julien avait pourtant obtenue d'un jugement antérieur, et d'imposer une pension alimentaire alors que Julien se dit sans revenu depuis plusieurs années. Julien écrit avoir questionné cette demande, pour se voir répondre par Me Lachance, en substance : « soit tu signes cela, soit tu ne vois plus tes enfants du tout ». Julien aurait signé, n'étant pas avocat et croyant être forcé de le faire.
Puis, toujours selon la plainte, les communications se rompent. Julien décrit des semaines d'appels restés sans réponse, de courriels ignorés, de textos sans retour. Inquiet, il finit par appeler lui-même le palais de justice et apprend qu'il est inscrit au rôle d'une audience dont il ignorait la tenue. Il se présente sur place. Son avocat ne serait pas dans la salle prévue. Après plusieurs heures à tenter de le joindre, il obtient par texto une réponse lui indiquant qu'il n'a pas le droit d'entrer dans la salle. Julien dit avoir appris plus tard, par la voie des procès-verbaux, que Me Lachance aurait plaidé en son absence — et à son désavantage.
« N'insistez pas. J'ai bloqué votre adresse. »
Après la fin du mandat, Julien entreprend de réclamer formellement à Me Lachance les communications échangées entre ce dernier et Me David Chun durant son mandat — communications que Julien considère essentielles pour documenter ce qui se serait passé en son absence dans les salles d'audience. Le 21 avril 2025, Julien transmet à Me Lachance une demande écrite formelle, invoquant l'article 80 du Code de déontologie des avocats, qui prévoit le droit du client à recevoir les pièces et documents qui lui appartiennent.
La réponse de Me Lachance, le même jour à 17h38, tient en deux phrases.
« N'insistez pas. Nous attendrons l'avis du syndic-adjoint. Et n'essayez plus d'etrer en contact avec moi. J'ai bloqué votre adresse. »
— Me Michel Lachance, avocat, en copie à gmallette@barreau.qc.caLe courriel est envoyé en copie conforme à Me Guylaine Mallette, syndique adjointe du Barreau du Québec, qui à ce moment enquête sur Me Lachance au dossier 2024-00283253-MAL. Julien lui avait pourtant rappelé dans son courriel précédent, preuve à l'appui, que son droit d'accéder à son dossier client « est distinct de cette enquête ». Me Lachance ne conteste pas cet argument sur le fond. Il bloque.
Un dossier qui en est à sa troisième enquête
Me Michel Lachance n'en est pas à sa première comparution devant les instances disciplinaires du Barreau du Québec. Deux décisions publiques, accessibles sur CanLII, documentent un historique de manquements déontologiques.
En 2010, le Conseil de discipline du Barreau le déclare coupable de manquements à ses devoirs de compétence, de diligence et de probité, ainsi que d'aveuglement volontaire, dans une affaire impliquant la vente frauduleuse d'un immeuble au profit d'un mandataire agissant à l'insu du propriétaire — entraînant la faillite de ce dernier. Le Conseil note alors que l'intimé déclarait qu'il « agirait de la même façon » si c'était à refaire (2010 QCCDBQ 99).
En décembre 2023, Me Lachance plaide coupable à trois nouveaux chefs d'infraction disciplinaire : avoir consenti à une demande judiciaire sans mandat de son client dans un dossier familial — soit la nomination d'un procureur à l'enfant, décision dont son client n'a appris l'existence qu'après coup —, avoir déposé une déclaration au Registraire des entreprises sans autorisation, et avoir surpris la bonne foi de la partie adverse. Le Conseil lui impose une amende totale de 7 500 $ et souligne que ces faits sont survenus alors qu'il cumulait 37 ans de pratique, expérience qui « aurait dû l'amener à faire preuve de plus de rigueur » (2023 QCCDBQ 86).
C'est donc un avocat avec un historique disciplinaire documenté qui fait aujourd'hui l'objet d'une nouvelle enquête du syndic — cette fois dans le dossier de Julien. Les reproches formulés, tels que décrits dans la plainte formelle du 10 décembre 2024, sont d'une gravité significative : collusion alléguée avec l'avocat adverse, audiences tenues à l'insu du client, refus d'accès à la salle d'audience, interdiction de remise du dossier après la fin du mandat, transmission alléguée d'informations confidentielles à la partie adverse, et manquements à l'article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne concernant la discrimination fondée sur le handicap.
Objet : Me Michel Lachance. Dossier 2024-00283253-MAL. « L'enquête dans le dossier mentionné en objet est toujours en cours. »
Plus d'un an après l'ouverture de l'enquête, le Bureau du syndic informera finalement le demandeur qu'aucune plainte disciplinaire ne sera déposée contre Me Lachance devant le Conseil de discipline du Barreau du Québec. Le dossier est fermé — comme le sera celui de Me David Chun, pourtant démissionnaire en pleine enquête. Me Michel Lachance bénéficie de la présomption d'innocence.
Fermés tous les deux — sans conclusion publique sur le fond
La fermeture du dossier visant Me Lachance, sans plainte disciplinaire déposée, s'inscrit dans une séquence qui soulève une question institutionnelle plus large. Dans le même dossier familial, le Bureau du syndic avait déjà fermé l'enquête visant Me David Chun — et ce, bien que celui-ci ait démissionné du Barreau du Québec le 5 février 2025 alors qu'il faisait l'objet de cette même enquête.
Or, en droit disciplinaire québécois, la coopération à une enquête du syndic n'est pas une simple formalité. Elle constitue une obligation déontologique. Le Code de déontologie des avocats et le Code des professions prévoient qu'un avocat doit répondre aux demandes du syndic et collaborer à l'examen des faits qui lui sont reprochés. La démission en cours d'enquête, à elle seule, est considérée dans la doctrine disciplinaire comme un manquement potentiel à cette obligation de collaboration.
Malgré cela, les deux dossiers — celui visant un avocat dont l'historique disciplinaire cumule trois condamnations publiques antérieures (1998, 2010, 2023), et celui visant un avocat démissionnaire en cours d'enquête — ont été fermés par le même Bureau du syndic, sans plainte déposée, sans sanction publique, et sans examen apparent sur le fond des allégations soulevées dans la plainte du 10 décembre 2024.
Deux avocats. Deux enquêtes du syndic. Deux fermetures. Une démission en pleine enquête, qui ne déclenche aucune sanction disciplinaire publique — alors que la coopération à l'enquête du syndic est une obligation déontologique prévue par le Code des professions.
Justice-Quebec.ca ne tire aucune conclusion sur le fond des allégations visant Me Lachance ou Me Chun. Toutes les personnes mentionnées bénéficient de la présomption d'innocence. Le présent article documente la séquence des décisions institutionnelles rendues dans ce dossier.
Un mandat d'aide juridique — et une audience que Julien ne devait pas voir
Me Bianca Vigneault reprend le dossier dans le cadre d'un mandat d'aide juridique. Les premières semaines se déroulent, selon Julien, avec professionnalisme. L'avocate lui affirmerait même, comme l'avait fait Me Lachance avant elle, que le dossier est solide et qu'il sera gagné aisément, tant au civil qu'au familial.
Puis vient la séquence qui, pour Julien, constitue le tournant irréversible du dossier familial — et qu'il décrit en détail dans sa plainte formelle au Bureau du syndic du 10 décembre 2024.
Une audience de sauvegarde en urgence — annoncée pour le jeudi suivant
Un vendredi, Julien apprend qu'une audience de sauvegarde en urgence est demandée par la partie adverse et inscrite au rôle pour le jeudi suivant. Selon la plainte, Me Vigneault lui indique par téléphone qu'il s'agira de quelques minutes à la cour — l'enjeu étant une question de garderie —, et que leur position est forte, d'autant plus que la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) appuierait Julien dans un rapport favorable.
Le lundi et le mardi suivants, Julien dit n'obtenir aucune réponse de son avocate à ses appels et courriels. Le mercredi, veille de l'audience, Julien écrit avoir contacté lui-même l'intervenante de la DPJ au dossier, qui lui aurait confié un numéro de téléphone et un message à transmettre au tribunal : que la cour attende le rapport final de la DPJ avant de rendre toute décision.
Julien laisse alors un message sur la boîte vocale de son avocate tard en soirée, indiquant qu'il se rendra à l'audience le lendemain, même seul s'il le faut, avec ce message de la DPJ. Selon la plainte, Me Vigneault le rappelle quelques secondes plus tard. Durant cette conversation, elle tenterait d'abord de le convaincre d'accepter les demandes de la partie adverse. Devant son refus, Me Vigneault lui aurait dit : « de toute façon, la sauvegarde a été annulée, tu n'as pas besoin de te présenter demain ». Simultanément, Julien aurait reçu un texto de son ex-conjointe disant la même chose.
« Une personne comme toi ne mérite pas d'avoir des enfants »
Julien se présente tout de même au palais de justice le lendemain matin. Il consulte le rôle : l'audience est maintenue. Il monte à la salle. Me Vigneault l'y attend et lui répète que la sauvegarde est annulée. Julien lui dit qu'il restera toute la journée et qu'il souhaite parler directement au juge si son dossier est appelé.
C'est alors, selon la plainte au syndic, que Me Vigneault l'isole dans un cubicule adjacent à une salle d'audience très éloignée de celle où son dossier est effectivement appelé, loin de la vue de la cour. Elle lui tend un document volumineux avec un crayon, en lui disant qu'il doit le signer rapidement. Julien demande à le lire d'abord.
Ce document, écrit Julien dans sa plainte, fait 58 pages. Il aurait été rédigé par l'avocat de la partie adverse, Me David Chun du cabinet Spunt & Carin. Il serait destiné à la DPJ. Et il décrirait Julien comme un danger pour ses enfants, reprenant — toujours selon la plainte — des allégations que Julien considère fausses et diffamatoires.
Devant le refus de Julien de signer, Me Vigneault lui aurait présenté un second document — qui cette fois aurait pour effet de lui retirer l'essentiel de la garde de ses jumeaux. Julien refuse à nouveau. C'est à ce moment, selon sa plainte au syndic, que son avocate lui aurait prononcé les paroles suivantes :
« Écoute-moi. Si tu ne signes pas ça, on s'est déjà arrangé pour que tu ne voies plus jamais tes enfants. Des personnes comme toi, ça ne mérite pas d'avoir des enfants. »
— Paroles alléguées par Julien dans sa plainte au syndic du 10 décembre 2024 — non confirmées par Me Bianca VigneaultCes paroles constituent une allégation formulée par Julien dans sa plainte formelle au Bureau du syndic. Elles n'ont pas été confirmées par Me Bianca Vigneault, qui n'a jamais répondu publiquement à leur sujet. Elles ont toutefois été consignées par écrit dès décembre 2024, avant toute médiatisation du dossier. Me Bianca Vigneault bénéficie de la présomption d'innocence.
Julien finit par quitter le cubicule et entrer dans la salle d'audience. Selon sa plainte, Me David Chun est alors en train de plaider son absence devant la cour. Quand Julien lève la main pour signaler qu'il est présent depuis plusieurs heures dans le palais, la juge demande à entendre son avocate. Me Vigneault entrerait alors dans la salle en demandant l'annulation de la procédure, puis entraînerait Julien hors de la salle pour le ramener au cubicule.
Le document de 58 pages a, depuis, disparu. Julien n'en a jamais obtenu copie. En revanche — et c'est un fait notable — la demande d'accès à la reproduction audio des débats judiciaires de cette audience précise a, elle, été autorisée. L'enregistrement existe et confirme la trame des événements décrits ci-dessus : la présentation forcée d'un document dans un cubicule, le refus de signature et l'annulation subséquente de la procédure à la demande de l'avocate.
C'est pour les autres audiences — celles tenues, selon Julien, à son insu par ses avocats successifs en présence de Me Chun — que l'accès aux enregistrements lui sera refusé. Ce point fait l'objet de la section suivante.
Sept audiences — sept refus sans motif
Sur quatre années de procédures, Julien a formellement demandé à la Cour la reproduction audio des débats judiciaires de son propre dossier — le moyen prévu par la loi pour qu'un justiciable obtienne la preuve textuelle de ce qui s'est dit en salle d'audience. Sa demande a été accueillie pour trois journées — celles des 21, 22 et 23 octobre 2024. Pour l'audience où se serait déroulé l'épisode du cubicule décrit plus haut, la reproduction a également été autorisée — et son contenu, selon Julien, confirme le récit.
Pour sept autres audiences, la demande a été refusée. La réponse officielle est arrivée le 14 janvier 2025, par courriel de Nicole Généreux, agente aux activités judiciaires au Service financier du palais de justice de Joliette.
« L'Honorable Juge Pierre Labelle m'a informé que la demande de reproduction des débats judiciaires dans le dossier ci-haut mentionné n'a pas été autorisée. Seules les audiences du 21-22 et 23 octobre 2024 sont autorisées, que vous avez déjà reçu en décembre 2024. »
Aucun motif n'est donné. Aucune pièce jointe, aucun jugement motivé, aucun paragraphe de droit. Un juge de la Cour supérieure, le juge Pierre Labelle, refuse à un justiciable l'accès aux enregistrements audio de sept journées d'audience tenues dans son propre dossier familial.
Ces sept audiences correspondent — Julien l'affirme, documents à l'appui transmis au Bureau du syndic — aux sept audiences tenues, selon la plainte formelle du 10 décembre 2024, à son insu par ses avocats successifs en collaboration alléguée avec Me David Chun, avocat de la partie adverse. Autrement dit : les seules audiences pour lesquelles Julien dispose de la preuve audio sont celles auxquelles il était présent. Toutes celles dont il allègue avoir été exclu — par les manœuvres de ses propres avocats ou par la désinformation sur les dates de rôle — restent inaccessibles.
Le juge Pierre Labelle fait lui-même partie des personnes nommées dans la plainte formelle déposée à ce moment au Service de police de Repentigny, dossier RPY-250224-012. Cet aspect fait l'objet de l'article 5 de la série.
285 pages manquantes, des documents entiers disparus
Privé de la reproduction audio de sept audiences, refusé dans ses demandes successives auprès de ses anciens avocats d'obtenir les communications échangées entre ces derniers et Me David Chun durant leurs mandats respectifs, Julien choisit une autre voie : se présenter directement au greffe du palais de justice pour demander copie physique de son propre dossier familial.
Cette démarche, qui relève en principe d'un simple droit d'accès, se transformera en marathon institutionnel de plusieurs mois. Il faudra une mise en demeure formelle adressée à M. Alain Guertin, directeur du palais de justice de Joliette, suivie de démarches auprès du ministère de la Justice et d'autres instances administratives, avant que Julien obtienne enfin un rendez-vous au greffe pour consulter son dossier.
Ce rendez-vous aura lieu dans un local du palais de justice, en présence d'un témoin — le père de Julien. Lorsque le dossier est déposé devant eux, Julien constate et documente, par une série de photographies prises sur place, ce qu'il décrit comme une série d'altérations : 285 pages manquantes dans l'un des cahiers de pièces, des pages centrales retirées dans un second document, et des documents entiers complètement disparus du dossier officiel conservé par la Cour.
Les photographies sont versées à la section Pièces au soutien des enquêtes du site Justice-Quebec.ca. Elles documentent, sur support photographique daté et pris en présence d'un tiers, l'état du dossier physique tel qu'il a été présenté au demandeur.
Justice-Quebec.ca ne tire aucune conclusion sur l'origine des altérations constatées — ni sur la personne ou les personnes qui pourraient en être responsables. Le présent article documente le fait que ces altérations ont été constatées, photographiées, et versées au dossier d'enquête du demandeur.
La combinaison des trois obstacles — refus de Me Lachance de remettre les communications inter-avocats, refus du juge Labelle d'autoriser la reproduction de sept audiences, et état altéré du dossier physique au greffe — forme un ensemble convergent que l'appel de Julien à la Cour suprême du Canada cherchera à faire examiner. Cet enjeu fait l'objet du septième article de cette série.
Trois avocats successifs — une plainte unique au syndic
Trois avocats différents — un seul avocat de l'autre côté
Prise isolément, chacune des trois ruptures de mandat pourrait relever d'un conflit personnel, d'une incompatibilité de méthode, ou d'un désaccord sur la stratégie juridique. C'est en les prenant ensemble que le dossier prend sa forme particulière.
Dans les trois mandats successifs, un seul nom apparaît systématiquement de l'autre côté : Me David Chun, du cabinet Spunt & Carin. C'est lui qui a rédigé le contrat initial sur lequel Me Éthier aurait cherché à obtenir des concessions. C'est avec lui, selon la plainte au syndic, que Me Lachance aurait conclu des ententes en l'absence de Julien. C'est lui qui aurait rédigé le document de 58 pages que Me Vigneault aurait tenté de faire signer à Julien dans le cubicule du palais de justice.
Me David Chun démissionnera du Barreau du Québec le 5 février 2025, alors qu'une enquête du syndic le visait. Le Bureau du syndic fermera par la suite le dossier sans sanction publique. Puis, sur la base d'éléments transmis par Me Anne-France Goldwater elle-même — l'une des avocates les plus médiatisées du Québec en droit familial —, une nouvelle demande d'enquête lui sera adressée. Me Guylaine Mallette, syndique adjointe, refusera de la rouvrir. Ces événements font l'objet des articles 3 et 4 de cette série.
La plainte au Bureau du syndic du 10 décembre 2024 porte sur quatre avocats — Me Éthier, Me Lachance, Me Vigneault et Me Chun. Me Chun démissionnera du Barreau deux mois plus tard, pendant l'enquête. L'enquête sur Me Lachance se poursuivra plus d'un an avant d'être fermée, elle aussi, sans plainte déposée au Conseil de discipline. Les enquêtes sur Me Éthier et Me Vigneault n'ont pas, à la date de publication de cet article, donné lieu à des décisions disciplinaires publiques.
Deux avocats visés dans le même dossier familial. Deux enquêtes du syndic. Deux fermetures. Aucune sanction disciplinaire publique. Toutes les personnes mentionnées dans cet article bénéficient de la présomption d'innocence.
Trois avocats successifs. Trois ruptures. Sept audiences dont l'enregistrement a été refusé sans motif. Un dossier physique dont 285 pages manquent, photographies à l'appui. Deux enquêtes du syndic ouvertes dans le même dossier — et deux fermetures sans sanction publique.
Et, de l'autre côté de la salle d'audience, un seul nom — avant qu'il ne disparaisse.
Les autres articles de cette série
- Article 1 / 7Le matin où tout a basculé
- Article 3 / 7L'avocat fantôme — Me David Chun
- Article 4 / 7Le mur institutionnel
- Article 5 / 7La police qui refuse d'entendre
- Article 6 / 7Seul contre tous devant la Cour
- Article 7 / 7La façon légale de ne jamais répondre
- Retour sérieEnquête exclusive : L'affaire Spunt & Carin